mercredi 2 décembre 2009

BRIGITTE CORNAND : Cinéaste


Brigitte Cornand ©2009 Thibaut Estellon

Il ne fait aucun doute que Brigitte Cornand cultive une passion forte pour l'art.
Louise Bourgeois, Christian Boltanski, Annette Messager, Denis Oppenheim, Joan Jonas font partie de ces artistes dont elle a partagé de nombreux instants de vie qu’elle a retranscrits poétiquement sur pellicule. C’est dans un appartement calme et lumineux du West Village qu’elle me reçoit et revient sur son parcours, sa vision du monde de l’art et sur son expérience new yorkaise.

Bonjour Brigitte, pouvez-vous revenir sur votre parcours ?
J’ai toujours été dans l’univers des artistes. J’avais fait l’école du Louvre mais je ne savais pas trop ce que je voulais faire, journaliste ou conservateur peut-être…Finalement je me suis retrouvé à réaliser des films pour Canal+. C’étaient principalement des portraits d’artistes, souvent des amis comme Christian Boltanski ou Annette Messager. C’est eux qui m’ont incité, poussé à les filmer et c’est comme cela que j’ai commencé.


Annette Messager

C’était dans les années 80 quand Canal + se montait. Je ne connaissais personne mais je leur avais proposé une série de portraits d’artistes qui leur a plu. Ils m’ont par la suite confié une émission sur l’art. C’était vraiment extraordinaire, j’avais peu de contraintes, j’étais totalement libre. C’est cela qui m’a progressivement permis de revenir à l’essentiel avec ce que je fais aujourd’hui, c'est-à-dire des films au montage simple, qui laisse le temps s’écouler sans artifices… Un film n’est pas un livre. Malheureusement, nous sommes dans une période où il faut tout expliquer, tout mâcher, on ne laisse plus de place à la rêverie…


Christian Boltanski

Comment vous-êtes vous retrouvée à New York ?
Au début des années 90, j’avais un projet autour du Land Art et j’ai donc commencé à faire des choses aux Etats-Unis. Les gens et leur façon de vivre me plaisaient beaucoup. Je me suis créée un cercle d’amis et c’est là que j’ai alors rencontré Louise Bourgeois dont je suis devenue une sorte d’assistante. Je suis revenue de plus en plus fréquemment avant de finalement m’installer à New York il y a cinq ans.

Vous avez d’ailleurs réalisé plusieurs films sur Louise Bourgeois mais aussi d’autres artistes…
Oui je travaille avec Louise depuis une quinzaine d’années et nous sommes progressivement devenues amies. D’ailleurs, si je me suis installée ici, c’est aussi parce que c’était important pour nous que nous soyons plus proches. Son travail me touche vraiment. Elle a la réputation d’être très difficile, de ne pas se sentir à l’aise dans les entretiens et elle m’a effectivement donné du fil à retordre au départ (rires). Elle se méfiait car elle pensait que ce serait des choses identiques à d’autres expériences cinématographiques qu’elle avait vécues. Or, pour mon film, c’était une autre proposition, il n’y avait pas d’interdits, d’empêchements. Nous avons fait les choses sur la durée. Il y a eu 1 puis 2 puis 3 films (La rivière gentille, Chère Louise, The whisper of the whistling water) et je continue toujours à filmer.


Louise Bourgeois

Comment expliquez-vous la reconnaissance plutôt tardive de Louise Bourgeois ?
Elle a toujours été reconnue et appréciée chez les artistes. Ce sont les institutions qui ne s’intéressaient pas à elle. C’était aussi une époque où les artistes femmes étaient moins mises en valeur. Louise avait aussi parfois peur d’exposer son travail. Elle était peut-être trop indépendante pour les institutions…

Peut-on qualifier vos films de documentaires ?
Ce ne sont pas vraiment des documentaires mais plutôt des portraits. Ce sont des œuvres qui se réalisent souvent sur plusieurs années, je montre le temps des gens que je filme…Je ne voulais pas faire des collages, je souhaitais laisser du temps au temps, être disponible, à l’écoute et aller au fond des choses pour rentrer dans un univers. C’est aussi possible car ce sont des gens que je connais, des amis.
Mais, ce qui m’intéresse, c’est que ces films existent, qu’ils soient montrés. Ce sont des productions légères loin des productions hollywoodiennes (rires). Le matériel moderne est très bien, coûte peu cher…On peut tout faire soi même ou presque. C’est extraordinaire le bouleversement qu’il y a eu en l’espace de quinze ou vingt ans. Certes, je continue parfois à filmer en super 8 car cela me plaît mais il est nécessaire d’avoir quelqu’un pour vous aider, le montage est très long…




Qu’est ce qui vous a particulièrement plu ici à NYC ?
On ne trouve pas ce côté condescendant…On est perçu pour ce que l’on est et non pas pour ce que l’on fait. Personnellement, je me sens plus libre, plus indépendante ici qu’à Paris. J’ai aussi de la chance d’être dans l’art, c’est un réel privilège. Par ailleurs, les new yorkais sont beaucoup plus positifs, enthousiastes et moins râleurs…ça donne de la force.



Peut- on comparer New York et Paris en termes de scènes artistiques ?
C’est difficile de comparer ces deux villes. Paris est beaucoup plus petite tandis que New York est le centre de l’art depuis la seconde guerre mondiale. Mais on a quand même de très bons artistes français reconnus internationalement comme Daniel Buren, Annette Messager, Sophie Calle, Christian Boltanski...


Y a-t-il des réalisateurs qui vous inspirent ?
Je n’aime pas trop le mot réalisateur car cela implique que l’on travaille pour quelqu’un, je préfère le terme de cinéaste. J’aime beaucoup Agnès Varda, Chantal Akerman ou encore Jim Jarmusch, John Cassavetes, Clint Eastwood. Chez les artistes, je dirais Jonas Mekas, le propriétaire de l’Anthology Film Archive qui fait des films comme des journaux intimes. C’est vraiment mon mentor, il m’a beaucoup aidé et conseillé.



Quel est votre point de vue sur le monde de l’art aujourd’hui ?
C’est désolant. Chelsea est une horreur, il y a des galeries partout mais très peu de choses intéressantes. Ces dernières années, tout le monde prétendait être artiste et souhaitait ouvrir une galerie. C’était le dernier truc à la mode. Mais ce n’est pas nouveau, dans le Lower East Side des années 80, c’était la mode au figuratif, il y avait plein de galeries, il suffisait de faire un gribouillis et hop c’était vendu ! S’il y avait quelques bons artistes comme Futura 2000 ou Kenny Sharf, les autres se sont tous évaporés…


Finalement, qu’est ce qui vous plait le plus dans l’art ?
C’est la dimension poétique, ce côté enchantant et enchanteur qui me transporte. Et ceci dans tous les styles…





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mercredi 25 novembre 2009

" Take a bite out of it b#@$* "


NYC Cupcake ©2009 Thibaut Estellon

C'est au détour d'une promenade dans le East Village que je me suis retrouvé nez-à-nez avec ce cupcake. Pas exactement du type comestible mais plutôt du genre arty-graffiti. A l'instar de nombreux objets du quotidien, ce gâteau symbole de la gastronomie américaine sert aussi parfois de matière première et de source d'inspiration pour les créatifs et artistes. En voici quelques exemples assez drôles et surprenants glanés sur le web. Du tricot géant, de la peinture, de la sculpture et j'en passe, tous les moyens sont bons pour célébrer ce petit gâteau devenu roi.



































Vous pouvez consulter www.cupcakestakethecake.blogspot.com en anglais pour des adresse et reviews sur les cupcakes.
Vous pouvez aussi vous rendre sur Le hamburger et le croissant, blog très sympathique d'une expat française aux US qui présente recettes et conseils en tout genre.

Aller, je vous laisse, il est l'heure de passer à table.





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dimanche 22 novembre 2009

OMAR : Retoucheur Photo


Omar ©2009 Thibaut Estellon

Si Omar baigne dans le monde de la pub, de la photo et de la mode au travers de son métier de retoucheur photo, c’est la musique qui l’a définitivement ancré à New York. Séduit par l’offre pléthorique des disquaires new yorkais mais aussi par l’atmosphère éclectique et mixte de cette capitale culturelle, il a décidé d’y déposer ses valises il y a quelques années. Retour donc sur son boulot, sa passion de la musique et ses lieux new yorkais préférés.

Hello Omar, comment t’es-tu retrouvé à New York ?
A l’époque où j’étais retoucheur photo à Paris, je venais régulièrement passer des vacances ici. L’atmosphère de New York me plaisait et ce sont plusieurs amis, qui évoluaient dans les milieux de la photo, de la pub, de la mode qui m’ont incité à franchir le pas et à venir bosser ici.

Je crois que les disquaires New yorkais ont aussi joué un rôle important dans ta décision…
Oui, ça a été le déclic ! Je suis un passionné de disques et de musique et pour tâter l’ambiance d’une ville je commence souvent par faire un tour des disquaires ! J’étais fasciné par tout ce qu’on peut trouver ici : des raretés, beaucoup de disques introuvables en Europe et aux prix souvent beaucoup plus abordables. La scène musicale new yorkaise est extrêmement riche. Il y en a pour tous les goûts et ça bouge beaucoup plus que Paris.



Tu es aujourd’hui retoucheur photo en freelance, peux-tu nous en dire un peu plus ?
C'est de la retouche (beauté, chromie...) et manipulation de l’image (montage photo...) sur photo numérique, je travaille avec des studios de retouche ou directement avec les photographes ou D.A, souvent pour des campagnes ou sur des séries mode pour les magazines.

C’est un milieu qui a parfois mauvaise presse…
Oui, c’est un milieu qui peut être par moment un peu snob ou superficiel, qui est très commercial (normal pour ce genre de business) mais ce sont surtout des égos surdimensionnés qu'il faut gérer.



Qu’aurais-tu fait si tu n’avais pas été retoucheur ?
J’aime beaucoup écrire, je me serais bien vu journaliste ou scénariste ; quelque chose de plus proche de la réalité…

On dit souvent que les graphistes français sont reconnus pour la qualité de leur travail ?
Oui les européens en général…On a la réputation d’être rigoureux et créatif (dans le sens esthétique du terme). Ici c’est un peu barbare, un peu grossier, beaucoup plus flashy et plus direct. Pour résumer, on pourrait dire qu’en France, on fait du beau avec du détail tandis qu’ici on opte pour le pragmatisme et l’efficacité.

Etre français fut donc plutôt un avantage ou un inconvénient ?
Ça m’a aidé mais ce fut peut-être aussi un inconvénient. On a tendance à être perfectionniste, à aimer le travail bien fait alors que le milieu américain n’a pas de temps à perdre, il faut aller vite et droit au but.

Avec la crise, les publicitaires ont tranché dans leurs budgets, comment l’as-tu perçu personnellement ?
Ils réfléchissent effectivement à deux fois avant de lancer une campagne et retravaillent leurs budgets. Il y a beaucoup moins de prises de risques. Par contre, la crise a remis en cause les valeurs du capitalisme à outrance que les américains connaissaient depuis les années 60…ce qui n’est sûrement pas plus mal. On sent que les gens sont peut-être un peu plus solidaires, moins individualistes. Quoique pour d’autres, c'est le contraire, ils sont d’autant plus combatifs et ceci parfois à la limite du pathétique…

Qu’est-ce que NYC t’a apporté ?
Certainement une ouverture plus grande aux autres. Il y a une mixité et un mélange des cultures absolument incroyable ici ! J'ai aussi appris tout ce que je ne voulais pas dans ma vie. Vivre dans une ville étrangère donne l’opportunité de mieux se connaître si on en prend le temps. Mais il est aussi très facile de se perdre ici, j’ai rencontré tellement de gens hors de toute réalité…

Y a-t-il des choses qui t’ont particulièrement marqué ?
J’ai l’impression que l’art est moins snob, plus populaire et plus accessible à New York qu’à Paris. En France, cela reste très sacralisé alors qu’ici, il est partout, dans la rue, dans des lieux insolites… il y a un monde parallèle à celui des musées et des galeries.

Quel est ton quartier préféré à New York ?
J’aime bien me balader un peu partout. J’apprécie Williamsburg, quartier qui a beaucoup changé depuis mon arrivée et qui est depuis quelques années en pleine ébullition. Malheureusement, cela devient très « bobo » et les prix montent…Sinon, j’aime beaucoup le Greenwich Village avec ses petites rues, ses pavés. C’est un quartier très charmant qui a un certain côté européen.


Pont de Williamsburg

Quels sont tes clubs, bars et restaurants préférés ?
Pour les bars et clubs, j’aime beaucoup APT, NUBLUE, le Café Noir. En ce qui concerne les restaurants, j’adore Gobo et sa cuisine végétarienne bio aux influences japonaises, ils font vraiment de la grande cuisine (sur America 6ème Av. et la 8 ème rue). J’apprécie aussi beaucoup Stand, un Burger Place sur University, Klong : un Thaï sur St Marks place, le meilleur selon moi à New York et Angelica Kitchen au 300 E 12th St.

Tes disquaires ?
Other Music ! Ils ont un choix incroyable, dans tous les styles…

Ton photographe ?
Martin Parr car il possède une vision assez juste, ironique et distanciée sur la nature humaine.


(c) Martin Parr

Aurais-tu des recommandations pour des créatifs français qui souhaiteraient s’installer ici ?
Non, mais il a quelques questions qu'il est utile et nécessaire de se poser…Notamment, pour "quoi" précisément et pour combien de temps veut-on s’installer ici ? Jusqu'où est-on capable d'aller pour réussir et survivre à New York ? Et que cherche-t-on exactement en venant ici ?

Y a-t-il des choses qui te manquent ?
Le fromage, le pain et les croissants, surtout ceux du Grenier à Pain rue des Abbesses à Paris !

Envisages-tu le retour ?
Oui, j’envisage le retour depuis peu. Le 18ème parisien et les Abbesses ainsi que ma langue me manquent. J’ai passé suffisamment de temps à New York et aux US où j'ai eu les expériences que je voulais avoir ici. J’aimerais maintenant les exploiter ailleurs, en France dans un premier temps puis pourquoi pas à Sydney par la suite…

Pour aller plus loin :


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mercredi 18 novembre 2009

Quand Twitter mène la danse...

Ce n'est un secret pour personne, Facebook et Twitter déchainent les passions. Ces deux réseaux sociaux sont aussi parfois une source d'inspiration créative. Le Dance Theater Workshop l'a bien compris et développe depuis plusieurs mois des créations surprenantes inspirées de suggestions de leurs "followers" sur Twitter

Vidéo : DTW - Community Choreography #17

Community Choreography #17 features performer Leah Ives interpretting moves sourced from Twitter. For #17, we asked followers to name their favorite animals. Just beware the man eating cow, alright?


Vidéo - DTW Community Choreography #12

Sydney Skybetter joined us to perform in Community Choreography #12. Having the most submissions of all the CCs, we let Sydney pick his favorites. We could say this is a cross-genre epic, but we'll let you decide that.


Vidéo : DTW - Community Choreography #13

Performer Lauren Sharpe stopped by Dance Theater Workshop to help us out a bit with #13. We asked our twitter followers to send us moves with the simple theme, "body part isolation." 15 moves later, we have come to our thirteenth entry for our project.

Vous pouvez retrouver toutes ces vidéos et beaucoup d'autres sur leur compte youtube.
Si vous voulez contribuer à ces performances, cliquez ici.





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dimanche 15 novembre 2009

THE EXTENT TO WHICH



Nous rencontrions Daria Faïn mercredi dernier.
Elle nous propose aujourd'hui un extrait vidéo de la performance "The extent to which"

Vidéo : The extent to which
video

Plus de détails sur cette performance ci-dessous :

THE EXTENT TO WHICH is a performance piece breaking down the boundaries between dance and installation art; this work creates a powerful sensory experience for the audience. Kocik has designed an elegant choreographic enclosure that uses cutting edge technology-- conceived in collaboration with Michelle Nagai and lighting designer, Krissy Wright--to interactively respond to the movement of the performers. This part of the Prosodic Body creates a self-reflective and autonomous organism in which each element reflects, effects and is affected by all other elements.


All interactions between people, place and sound generate a Prosodic language generated by the dancers’ movements.

Conception/Exploration/Direction: Daria Faïn
Conception/Installation: Robert Kocik
Live Music composed by: Michelle Nagai
erformed with Kenta Nagai and Jane Rigler
Performer/collaborators: Jonathan Bastiani, Charlotte Gibbons, Alejandra Martorell,
Valerie Samulski , Peter Sciscioli and Iki Nakagawa, videographer.

Plus d'infos sur www.prosodicbody.org






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mercredi 11 novembre 2009

DARIA FAïN : Chrorégraphe et danseuse


Daria Faïn ©2009 Thibaut Estellon

Si St Marks Church est une ancienne église du East Village, c'est aussi un lieu de représentation de performances et spectacles de danse. L'organisation Danspace Projects y a installé ses locaux et permet de faire vivre ce lieu en marge des offices religieux. Attachée à cet endroit quelque peu hors du commun, c'est ici que Daria Faïn me donne rendez-vous pour cette interview.
Danseuse et chorégraphe originaire d'Antibes, Daria a décidé de s'installer à New York dans les années 90. Elle revient ici sur son parcours de chorégraphe et danseuse et nous explique son intérêt pour le langage, l'architecture, les philosophies asiatiques et le rapport de notre corps à l’espace architectural qui nous entoure et dont elle s'inspire pour ses créations

Hello Daria, comment t’es-tu retrouvée à New York ?
J’ai tout d’abord étudié ici pendant deux ans au milieu des années 80. Le retour en France ne fut pas aisé mais j’ai eu la chance de développer l’Atelier Trigon, un lieu culturel à Montreuil avec Robert Kocik. C’était un lieu d’échanges entre architecture, danse, poésie. Après 8 ans, lui a eu envie de rentrer à New York et moi d’y revenir. On a donc fait nos valises pour nous réinstaller ici.



Tu es aujourd’hui chorégraphe et danseuse et développe toujours des projets avec Robert Kocik. Peux-tu nous en dire plus ?
Oui, je suis effectivement chorégraphe et danseuse, j’enseigne aussi via Movement Research et à titre privé. Robert Kocik et moi avons développé Prosodic Body, un projet de recherche avec lequel nous produisons des événements, installations, lectures et performances. On est très multidisciplinaire puisque lui est architecte et poète et moi danseuse et chorégraphe avec un background en archi. Mais son travail se base sur le langage, un domaine qui m’intéresse fortement…En effet, le langage - aussi bien écrit que parlé - est pour nous le médiateur de toute activité. Au plus celui-ci est précis, au mieux la compréhension du corps et de l’espace peut se faire. Quand on parle du langage, on parle de l’aspect vibratoire, de tout ce qui va autour, des gestes que nous faisons, des sons qui nous entourent et affectent nos paroles.



Comment cela se traduit-il dans les ateliers et performances que vous développez ?
En fait, nous avons travaillé autour de l’idée qu’il y a deux polarités dans le langage : celle qui est exprimée et celle qui ne l’est pas. Le but est de localiser dans le corps ces moments où ces effets se produisent. Nous avons beaucoup étudié Asklepios, un demi-dieu grec, qui avait développé une pratique basée sur des incubateurs de rêves qui était à la fois diététique et physique. Cela passait en effet par une immersion dans l’obscurité, en attente d’une épiphanie qui offrait une guérison. Ce qui nous a beaucoup intéressés, c’est que cette pratique était toujours juxtaposée avec des amphithéâtres grecs, espaces cathartiques, lieux d’exposition et de projection. Notre travail s’inspire beaucoup de cette opposition entre épiphanie individuelle et catharsis collective, l’émergence du langage de l’obscurité et son expressivité dans la lumière.
Pour nous, ce passage du noir à la lumière représentait un dispositif architectural intéressant. Nos installations sont basées sur ces principes. Nous avons par exemple créé des pièces sans échos, comme des « focusing devices » afin de recréer ce type d’espaces.



Vous entourez-vous d’autres artistes pour développer ces projets ?
Robert et moi avons une collaboration très étroite mais nous travaillons aussi avec des musiciens, des créateurs de costumes... Mais ce sont surtout les personnes qui intègrent ce concept du Prosodic Body dans leur propre forme d’expression artistique.



Pourrait-on comparer ta collaboration avec Robert Kocik avec ce que faisaient des artistes qui travaillaient autour de l’espace scénique comme Rauschenberg et Cunningham dans les 50’s et 60’s par exemple ?
De notre côté, nous cherchons à recréer complètement cette scène. On questionne la manière de regarder et de positionner le corps dans le spectacle. L’architecture décrit, conditionne et illustre tour à tour la façon dont le corps se protège et la manière dont nous envisageons notre relation entre l’intérieur et l’extérieur. L’architecture est un second corps que l’on crée par rapport à la manière de penser notre propre corps. Pour moi, tout acte qui est en relation avec l’espace contenu ou physique, est un acte architectural qui s'inscrit dans un espace absolu ou infini. C’est un échange d’influences mutuelles entre l’espace dans lequel nous sommes et la façon dont celui-ci nous affecte…



Quel est ton point de vue sur l’évolution architecturale constante de New York, notamment ces mouvements de gentrification ?
Quand je suis venue dans les années 80, il y avait une fabrique, une texture culturelle très différente de celle d’aujourd’hui et celle-ci continue d’évoluer. Il y a un renouveau constant, des destructions et reconstructions, C’est un phénomène très curieux…



Ton travail s’inspire beaucoup des philosophies et pratiques asiatiques comme le tai chi ou le qi gong. Y a-t-il dans ces pratiques une opposition avec la danse américaine que l’on décrit souvent comme très physique ?
Oui pour moi, la théorie des cinq éléments, fondatrice du taôisme est complètement structurelle pour mon travail. Mais je dirais qu’il y a au contraire beaucoup d’influences asiatiques dans la danse américaine, comme chez Martha Graham ou Merce Cunningham par exemple. Certes, l’engagement du corps est différent dans la danse américaine avec un rapport au corps très intuitif. La France a d’ailleurs toujours été fascinée et s’est beaucoup inspirée de cela. La danse française vient de l’académisme du 17ème siècle et a toujours eu un aspect conceptuel extrêmement fort où le corps venait se greffer en représentation. Aux US, en Allemagne ou encore en Espagne, la danse a toujours eu un côté plus physique, on se questionne beaucoup plus sur ce qu’est le corps…



Quel est selon toi l’avenir de la danse ?
Il y a actuellement un véritable questionnement de ce qu’est la danse. C’est un moment très riche, très intéressant, on ne sait pas trop où les gens vont, il y a beaucoup d’introspection très profonde.

Tu t’es occupée de lieux de création artistique en France comme aux US. Quel est ton point de vue sur les systèmes de financement de la culture dans ces deux pays ?
Ce sont deux systèmes complètement différents. Je suis arrivée ici sans aucune intention de créer une compagnie ou un lieu… mais après quelques années, j’ai commencé à vouloir me structurer un peu plus. En France, la création artistique et l’activité culturelle sont soutenues directement via la redistribution d’impôts. Ici, l’artiste est souvent lui-même responsable de sa structure. Cela permet d’envisager librement son organisation, ce qui me plaît, mais c’est une forme de liberté que l’on paie cher puisque l’équilibre financier est fragile…


© Robert Kocik

En quoi New York t’a inspirée dans ton travail ?
Cela m’a aidée dans le sens où j’ai pu me faire face beaucoup plus profondément qu’en France puisqu’on est beaucoup plus livré à soi-même…On le voit encore aujourd’hui avec la crise, c’est une lutte constante.

Y a-t-il certaines différences culturelles qui t’ont particulièrement marquée ?
La structure du gouvernement, l’état fédéral, est difficile à comprendre pour moi, c’est quelque chose de choquant parfois, comme on a pu le voir sous l’ère Bush…


© Robert Kocik

As-tu des recommandations pour des artistes français tentés par l’expatriation ?
Ne pas s’attendre à avoir des soutiens, avoir des initiatives extrêmes claires et faire ce qui est essentiel car on a rarement le temps pour autre chose…

Passons à tes lieux préférés…Commençons par ton quartier ?
J’aime beaucoup Bed Stuy où j’habite. C’est un quartier authentique, très vivant et qui se développe progressivement…
Tes restaurants ? à Brooklyn : Peaches, Kush, à Manhattan : Soy, Nory, Antibes et Mogador. Les restaurants grecs dans le Queens à Astoria, à Jackson Heights, The Palace...
Tes chorégraphes, compagnies et danseurs ? Merce Cunningham, Martha Graham, Deborah Hay, Yvonne Rainer, Steve Paxton, Fiona Templeton, William Forsyth, Charlotte Gibbons, Trajal Harell, DD Dorvillier, Jennifer Monson, Ishmael Houston-Jones, Cathy Weiss, Yvonne Meir, Ralf Lemon, David Thomson, Boaz Barkan…
Tes lieux de performance ? Danspace, Dance Theater Workshop, le métro, la rue, Judson Church, the Armory, Mark Morris Dance Studio, Melanie Maar's Studio et tous les autres ....

Est-ce que la France te manque ?
J’ai une certaine curiosité pour ce qui se passe en Europe mais la France ne me manque pas particulièrement. Par contre, la méditerranée, oui ! Je me verrais bien habiter en Grèce ou sur une île !

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Les actus de Daria :

PERFORMANCE, The Phoneme Choir
Du 16 au 20 Novembre
The LAB Gallery (for installation + performance art)
[a roger smith collaboration in art]
501 Lexington Ave, New York, NY 10017, 6 pm - Entrée libre
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Les photos de cette interview sont issues de THE EXTENT TO WHICH, une collaboration avec l'architecte et poète Robert Kocik, les compositeurs Michelle et Kenta Nagai, light design par Rick Murray. Danseurs: Benjamin Asrial, Charlotte Gibbons, Alejandra Martorel, Valeria Samulski et Peter Sciscioli

Plus d'infos : le site de Prosodic Body : www.prosodicbody.org
et le site de Daria : www.dariafain.com






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dimanche 8 novembre 2009

IMAGES EN MOUVEMENT


Element 13 - 0Q809, Vidéo still ©2009 Camille de Galbert

Après les interviews d'Amélie Chabannes et de Jonone, continuons avec la vidéo et découvrons une sélection de courts métrages, films expérimentaux ou artistiques étonnamment surprenants et poétiques

L'Ile aux Fleurs (Ilha das Flores), Jorge Furtado, 1989
Court métrage documentaire brésilien réalisé par Jorge Furtado, sorti en 1989...




La Révolution des Crabes, Arthur de Pins
Un classique, incroyablement drôle et poétique...




Extrait de "Promenade", Rhobin Rhode, 2008
Craie et performance sont les armes de prédilection de cet artiste sud-africain né à Cape Town en 1976 et qui réside aujourd'hui à Berlin...


Plus d'infos ici


"Element 13 - 0Q809", Camille de Galbert, 2009
Camille de Galbert, interviewée récemment sur ce blog, nous propose une vidéo extraite du projet "Random Dialogues" présenté à l'issue de sa résidence à la Fondation Pistoletto en Italie...

video


"City melodies", Hans Otte, Elliott Sharp
Difficile de passer à côté du vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin...
Voyage entre Berlin et New York au travers de vidéos d'archives efficacement montées sur des compositions originales...




Various jobs I could get, Yevni Yilmaz, 2009
La série Tales Of Mere Existence de Yevni Yilmaz est désormais un incontournable du web. A ne manquer sous aucun prétexte !




Kegel Exercises, Shannon Plumb, 2007
L'ex top model et égérie de Mario Sorrenti s'est brillamment reconvertie dans la vidéo...





Pour aller plus loin :


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