
Lors de notre rencontre, Antoine Manceaux m'explique qu'il a substitué les mandarines à la cigarette. Il a sûrement eu raison. Jeune homme extrêmement dynamique et enthousiaste, Antoine est aujourd'hui monteur/réalisateur de vidéoclips, films et documentaires pour Paradoxal. Il revient sur sa passion du cinéma, sur son métier mais aussi sur son amour pour New York qui a démarré dans des circonstances particulières comme il nous l'explique ici.
Antoine, peux-tu revenir sur ton parcours, quand et comment t’es tu retrouvé à New York ?
J’ai des souvenirs incroyables d’un voyage que j’avais fait avec ma grand-mère quand j’avais 11 ans. Je suis par la suite revenu assez régulièrement et c’était à chaque fois de plus en plus magique. Après mon bac en 2001, j’ai décidé de faire un stage à New York et me suis retrouvé en plein cœur des évènements du 11 septembre puisque je travaillais à quelques blocs du World Trade Center dans le quartier de Tribeca. Je crois que c’est depuis ce moment que j’ai commencé à me sentir New Yorkais dans l’âme. Cela m’a rapproché pour toujours des habitants de cette ville et c’est pour cette raison que je m’étais juré de revenir.
J’ai donc fini mes études de cinéma en France puis j’ai ensuite cherché à développer plusieurs projets à Paris. Malheureusement, tout le monde me disait que j’avais le temps, que j’étais jeune et manquais d’expérience même si j’étais extrêmement motivé. Je me suis alors dit qu’il fallait que je parte et que ce n’était pas à Paris que j’allais pouvoir réaliser mes rêves. Je suis revenu à New York en août 2005 et ai commencé par étudier à la New York Film Academy tout en travaillant sur des petits tournages. Beaucoup de portes se sont ouvertes rapidement et Gaëtan Rousseau de Paradoxal qui avait vu mon travail m’a proposé de travailler pour sa compagnie.
Alors, Paradoxal, qu’est ce que c’est, qu’est ce que vous y faites ?
Paradoxal est une boite de production exécutive, c'est-à-dire que l’on effectue toutes les démarches pour réaliser un tournage à New York, que ce soit pour une pub, un clip, ou un film. Il y a donc un aspect logistique et administratif important mais aujourd’hui la compagnie se dirige de plus en plus vers des productions à part entière. Par exemple après avoir bossé sur plusieurs tournages et documentaires en tant que monteur ou au sein de l’équipe de tournage comme assistant caméra, je viens de réaliser mon premier vidéo clip pour Saya une artiste française signée chez Warner. Sur cette production, j’ai donc pensé au concept, réalisé le clip et ai effectué tout le travail de post prod.
As-tu remarqué certaines différences entre New York où tu vis aujourd’hui et Paris où tu as commencé ton parcours ?
Au final, je n’ai eu qu’un court aperçu du milieu professionnel français puisque mes premières vraies expériences sont aux Etats-Unis. Mais il est clair que New York est une ville extrêmement cosmopolite comparée à Paris et cela se ressent dans notre travail. Par exemple sur le clip de Saya, l’équipe était mi-française mi-américaine mais il n’est pas rare de voir des équipes composée d’européens, d’américains, de latino-américains, d’asiatiques ce qui est assez rare en France. Mais les outils que l’on utilise sont les mêmes et je pense que les façons de travailler sont donc plus ou moins identiques. Mes amis américains pensent certes que ce que je fais est très européen et vice versa…Peut-être que les gens pensent que sous prétexte d’avoir des nationalités et des origines différentes, le travail doit être différent, alors que pas du tout. Sur le clip de Saya, j’ai voulu donner un peu un côté américain mais c’était justement pour essayer de me démarquer des réalisateurs français, c’était quelque chose de conscient.
As-tu observé certaines différences culturelles ?
D’une manière générale, les gens à New York sont beaucoup plus directs, enthousiastes, moins négatifs et plus ouverts à la négociation. Par contre il faut se donner les moyens de réussir et être prêt à travailler dur si on veut arriver à réaliser ses rêves.
Quel est ton point de vue sur la crise actuelle, qu’est-ce que cela a changé pour toi ?
Il est difficile d’ignorer cette crise mais l’on se bat pour en tirer le plus possible, on cherche à être toujours plus créatif et c’est ce qui nous permettra de survivre et de profiter de la reprise. Par ailleurs, on travaille beaucoup avec les européens et l’on peut jouer sur les fluctuations euro/dollar. Bien sur cela joue aussi en notre défaveur si on fait mal nos calculs ou si les taux de change évoluent brutalement.
Revenons au cinéma, quels sont tes réalisateurs américains et français préférés ?
Terry Gilliam, Steven Spielberg, Darren Aronofsky, David Fincher, Clint Eastwood pour les américains. Parmi les premiers réalisateurs français contemporains qui me viennent à l’esprit, je dirais : Albert Dupontel, Jan Kounen, Louis Leterrier, Cédric Klapisch.

Cédric Klapisch
Si tu devais faire un film ou un documentaire sur New York, quel aspect de cette ville aimerais-tu aborder ?
La musique dans le métro que ce soit les joueurs de Bucket (ndlr : voir la vidéo ci-dessous...), les guitaristes, les groupes de jazz, les mariachis, les rappeurs... Quand je les regarde et que les écoute, j'éteins mon iPod tout de suite, et essaye d'imaginer leur histoire. J'essaie toujours de sortir un dollar de ma poche quand la musique m'a plu voire ému.
Un autre aspect de la ville qui m'intéresserait pour un documentaire serait l'architecture. New York est une ville en perpétuel chantier et qui n’en finit pas d'évoluer en termes architecturaux.
En quoi ta vie à New York a modifié ta manière de travailler et de voir le cinéma ?
A New-York, on est constamment sur un plateau de cinéma. Les trois quarts des films que l'on voit aujourd’hui, qu'ils soient d'époque ou pas, se passent à New York même s’ils sont techniquement tournés en studio à Los Angeles ou au Canada. C'est une ville à la fois graphique et narrative. Personnellement cela influence ma manière de travailler surtout lorsque l’on côtoie et travaille avec les meilleurs, cela m’inspire et me motive énormément.
Quelles sont tes salles de cinéma new-yorkaises préférées ?
J'aime autant aller à l'Angelika ou au Landmark Sunshine pour leur programmation que dans les REGAL ou les LOWES pour leur confort. De temps en temps, je suis même prêt à faire une heure de queue pour accéder au dernier rang de l'IMAX et me prendre une grosse claque avec un Blockbuster comme The Dark Knight ou 300 !

Heath Ledger dans The Dark Knight
Avec quels acteurs, américains et français aimerais-tu travailler ?
Pour les américains : Sean Penn, George Clooney, Brad Pitt, Josh Brolin, Robert Downey Junior et tellement d'autres ! Chez les français : Vincent Cassel, Albert Dupontel, Clovis Cornillac…
Quels sont les meilleurs films que tu aies vus récemment au cinéma ?
Benjamin Button, The Wrestler, Slumdog Millionnaire, Milk et Gran Torino. Beaucoup ont été des favoris aux derniers Oscars.

Clint Eastwood dans Gran Torino
D’ailleurs, qu'as tu pensé du palmarès des Oscars ?
Dans l'ensemble, le succès excessif de Slumdog Millionaire m’a un peu surpris. C’est un film que j’ai bien aimé quand je l'ai vu mais il ne m'a pas autant bouleversé que Benjamin Button ou Milk. Pour le reste, Winslet c'était gagné d'avance, Sean Penn un peu moins, je pensais que Rourke l'emporterait. Wall-E ce n’était pas une surprise aussi. Je pensais quand même que Claudio Miranda, le chefop' de Benjamin Button l'emporterait...Le prix était mérité pour Heath Ledger mais la mise en scène lors de la remise des prix avec ses parents etc. a un peu tout gâché. D’un côté ça a fini de l'enterrer, il aurait été plus "vivant" s’il était resté un nominé comme les autres…
Quels sont tes projets pour 2009 ?
J'espère tourner encore beaucoup de clips et, soyons fous, un nouveau court métrage pour cet automne. En tant que monteur, beaucoup de clips évidemment et j’espère plein d'autres choses encore inconnues à ce jour.
Y a-t-il des choses qui te manquent ?
Avant tout mes amis et ma famille. Flâner en terrasse me manque aussi. Mais j’essaye de ne pas trop penser à tout ça puisque je suis réellement en train de construire ma vie ici. Par ailleurs, les saisons très marquées, la multitude de quartiers et d’ethnicités font de New York une ville multiple que l’on redécouvre tous les jours, on ne s’en lasse jamais, même après plusieurs années passées ici.
Quels sont tes quartiers new yorkais préférés ?
J’aime beaucoup le Lower East Side et le East Village, Donwtown plus généralement. Williamsburg également où je vis aujourd’hui. J’avais aussi passé trois années incroyables dans le Queens ou je vivais dans une espèce d’auberge espagnole...On nous appelait d’ailleurs les Nations-Unies ! (rires)
Quels sont tes bars / restaurants préférés à New York ?
J’aime beaucoup Grape & Grain, (ndlr: 620 E 6th St @ Ave B dans le East Village) un restaurant qui a beaucoup de charme et qui propose une super sélection de vin, un très bon brunch et toujours de la bonne musique. Un autre très bon restaurant : Walter Foods près de chez moi à Williamsburg sur Grand Street. Excellent brunch, très bonne sélection de vins et service impeccable dans un cadre américain traditionnel mais très décontracté. Un MUST !
Pour le bar, je dirais Raines Law Room, un petit bar à cocktail style speakeasy planqué dans le Flatiron District. Il n'y a pas de numéro de téléphone et il faut trouver l'adresse et sonner pour pouvoir rentrer.

Raines Law Room
Quel est l’évènement artistique qui t’a marqué récemment ?
Cela remonte un peu mais je dirais le concert de Daft Punk l’été dernier. Cela se passait en plein air au Keyspan Park à Coney Island, les Daft Punk étaient sur une énorme pyramide, les jeux de lumière et la musique étaient absolument incroyables. L’after party au studio B avec les gars de Edbanger était terrible aussi !
As-tu des recommandations, des conseils pour quelqu’un qui voudrait venir s’installer et travailler ici ?
Toujours se souvenir que les emails ne remplaceront jamais le contact humain, surtout aux Etats-Unis…
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Le site de Paradoxal : www.paradoxal.net
En parlant de cinéma, jolie escapade à faire du 3 au 5 avril à Greenwich dans le Connecticut pour le festival Focus on French Cinema. Plus de 40 films français sortis récemment seront présentés et Sophie Marceau sera l'invitée d'honneur de la cérémonie d'ouverture.
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©2009 Thibaut Estellon / The French Creative Connection
Photo top : Antoine Manceaux ©2009 Thibaut Estellon.
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