
AN AMERICAN SUMMER - PART 5
Comble du parisien, nous nous égarons quelques minutes à Montmartre où nous avons rendez-vous avec Erica Buettner...Après avoir repéré le Sacré-Coeur et retrouvé notre chemin, nous rencontrons finalement la jeunse songwriteuse américaine qui nous attend patiemment devant le studio de son producteur. Après avoir rapidement monté les quelques marches qui nous séparent de l'entrée, nous nous installons autour du piano qui trône fièrement au milieu de la pièce et entamons la discussion. D'une voix douce, posée et dans un français parfait teinté d'un léger accent américain, Erica revient sur sa carrière musicale à Paris, ses influences et expériences artistiques ainsi que sur les raisons qui la poussent à rester à Paris, sa nouvelle ville d'adoption...
Erica, d'où viens-tu et comment t’es-tu retrouvée à Paris ?
J’ai grandi dans le Connecticut, à mi-chemin entre Boston et New York City. Je suis arrivée à Paris il y à 4 ans, à l’origine pour mes études. Mais après tombée amoureuse de cette ville, j’ai choisi d’y rester et de développer mes activités artistiques…ce qui est beaucoup plus difficile que les études (rires).
Quelles furent tes premières impressions à ton arrivée en France ?
Je ne connaissais pas du tout Paris à l’origine. J’avais étudié le français pendant 7 ans mais à mon arrivée je ne pouvais pas du tout communiquer. J’ai comme ressenti une incompréhension culturelle totale et me suis sentie très loin de ce qui se passait, un peu comme si j’étais à l’extérieur des choses qui m'entouraient. Au final, cela m’a pris plus de temps que je n’imaginais pour m’adapter au style de vie français.
Après avoir étudié la littérature, te voilà aujourd’hui artiste à part entière. Toutefois, il semblerait que les mots ont toujours une place importante dans ton travail artistique…
Oui, je n’ai jamais vraiment étudié la musique même si j’ai joué de la flûte traversière pendant 10 ans et que je faisais un travail sur ma voix. Effectivement, c’était plus les mots, la poésie, la littérature qui m’intéressaient. C’était l’idée de raconter des histoires, de jouer avec le langage, la poésie. Même si je crée la base et la mélodie des mes chansons au banjo, c’est vraiment le langage qui guide mes compositions, la mélodie vient ensuite s’y greffer. Puis il y a bien sûr les autres musiciens avec qui je joue, notamment Pierre Faa et Stefanos Kotsanis qui travaillent les arrangements et m’apportent beaucoup de choses.

Erica Buettner ©2009 Jean-Marc Ruellan / mutebook.com
Il me semble que tu es d'ailleurs sur le point de sortir un album ?
Oui, l’album est terminé et on va voir ce qui se passe avec les labels. On est prêt mais on essaye juste de trouver le bon chemin pour la musique.
Tu as beaucoup tourné dans de petites salles et cafés concerts à Paris. Comment qualifierais-tu le public français par rapport au public américain ? As-tu remarqué certaines différences ?
Oui, le public français est plus silencieux mais cela ne veut pas dire qu’il est moins enthousiaste, il est plus attentif tout simplement. Pour moi c’est parfait car ma musique est très calme et exige cette attention. Le public français m’a toujours soutenue quand j’en avais besoin et j’ai l’impression que les gens ici sont très au courant des artistes émergents, ils sont un peu là avant les autres. C’est pour ça que Paris est un bon endroit pour débuter une carrière musicale.
As-tu des préférences entre la scène et le studio ?
C’est très différent. Je les aime tous les deux. Le studio, c’est pour moi quelque chose d’intime, c’est mon travail personnel. On prend du temps, on boit du thé, on discute, c’est une création. Tandis que la scène sert à présenter et transmettre ce travail de création, notre musique et qui on est. C’est un bonheur et une chance d’être dans ce milieu artistique qui peut offrir un tel équilibre.
Vidéo : Erica Buettner, live @ Mercado Negro :
Quelles sont tes influences musicales ?
Elles sont un peu dans le même esprit que ma musique. Le folk notamment, avec Joni Mitchell, Leonard Cohen, Paul Simon, Simon & Garfunkel mais j’apprécie aussi Aimee Mann, Elliott Smith, Nick Drake, Sibylle Baier, Joan Baez, des choses un peu plus pop mais qui proposent toujours des textes intéressants.
Cela fait maintenant quelques années que tu habites ici. Quel est ton point de vue sur la musique française ?
C’est une question très compliquée car pour moi la musique française est vraiment divisée entre ceux qui chantent en anglais et ceux qui chantent en français. Les influences sont différentes et les croisements sont peu nombreux. Mais il y a clairement quelque chose qui se passe à Paris. Personnellement, j’aime les risques, les mélanges, la possibilité de s’exprimer librement et j’ai parfois l’impression qu’il y a des groupes français qui chantent en anglais par peur de toucher à la chanson française. Elle serait comme trop fixe, stable, immuable...comme quelque chose du passé avec ses maîtres et ses standards. Je crois que c'est bien de travailler dans sa langue maternelle et de trouver une voix, une chose unique et authentique...

Erica Buettner ©2009 Jean-Marc Ruellan / mutebook.com
Y a-t-il des groupes français que tu apprécies tout particulièrement ?
Pierre Faa, tout d’abord, qui sait créer de très beaux textes et des mélodies magnifiques. Sinon, j’apprécie beaucoup Serge Gainsbourg, Françoise Hardy bien sûr et chez les plus contemporains, Soy un Caballo, un groupe de Bruxelles qui chante en français, Françoiz Breut, Dominique A, Arthur H…des gens qui ont cette façon si particulière de travailler les textes et le langage.
Et si tu ne devais garder qu’un seul album, lequel choisirais-tu ?
Ce serait probablement “Ladies of the Canyon" par Joni Mitchell. Elle représente pour moi un certain idéal au niveau des auteurs-compositeurs.
Des artistes américains estampillés néo-folk comme Devendra Banhart, Antony & the Johnsons ou encore les Coco Rosie expérimentent et développent des travaux artistiques variés, y compris dans les arts visuels. Est-ce que c’est quelque chose qui t’attire et vers lequel tu souhaiterais te diriger ?
Oui tout à fait. Je vois très bien ce que je fais en tant que chanteuse folk mais j’ai aussi d’autres intérêts artistiques. Je travaille en ce moment sur des adaptations de chansons, ce qui est très nouveau pour moi et ce qui me permet de travailler d’une autre manière avec le langage. Je collabore aussi avec Dana Boulé une artiste américaine qui habite ici et qui fait des choses beaucoup plus punk, avec une énergie complètement différente de la mienne. J’ai également un projet avec un percussionniste originaire de Chypre qui expérimente énormément. Je ne suis pas fermée au folk et adorerais faire un projet qui libère, avec des effets, de l’électronique...

Erica Buettner ©2009 Jean-Marc Ruellan / mutebook.com
Quels sont les artistes avec lesquels tu rêverais de collaborer ?
Vic Chesnutt, j’adore son travail et respecte le fait qu’il souhaite partager et expliquer ce qu’il crée. Évidemment, j’aimerais bien rencontrer Leonard Cohen. Mais l’idée est tout d’abord de m’entourer de musiciens qui peuvent apporter certains aspects qui me font défaut dans ma musique.
Faisons un petit tour des tes lieux préférés. Commençons par ton quartier…
J’aime beaucoup le quartier des Buttes Chaumont, vers le métro Jourdain et la rue des Pyrénées où il y a plein de marchés et de cafés aux atmosphères si particulières. Le parc est un peu mon refuge, j’y vais pour réfléchir et parfois pour composer mes vers.
Ta rue préférée ? La rue des Cascades, pour le pavé et pour son ambiance de petit village. Il y a un café mystérieux qui n’a pas d’horaires prédéfinies, c’est comme un mystère, un coup tu te promènes, il n’y a rien, une autre fois, des gens sont attablés en terrasse…c’est comme un mirage.
Bar ? Culture Rapide, à Belleville, que surplombe une devise justement écrite sur un panneau d’affichage et qui dit qu’ « il faut se méfier des mots ». C'est là où les poètes du quartier se retrouvent.
Restaurant ? Le Faitout qui porte bien son nom puisqu’il y a toujours des surprises, un bon décor, des gens intéressants et des repas uniques.
Disquaire ? Ground Zero au 23 rue St Marthe. J'y fais beaucoup de découvertes et trouve toujours mes artistes et albums préférés. Ils ont une partie dédiée aux indépendants et à l’autoproduction ainsi que de nombreux vinyles rares.
Clubs / Salles ? Le Point Éphémère, même s’il y a beaucoup d’autres lieux intéressants à Paris. J'adore l'atmosphère du canal, la salle... et c’est si amusant de les voir partager le bâtiment avec des sapeurs pompiers qui sortent régulièrement toutes sirènes dehors !

Erica Buettner photographiée par J+M+R ©2009 Thibaut Estellon
Et pour finir, penses-tu qu’il soit plus facile d’être musicien en France ou aux US ?
Je ne peux vraiment parler que de New York. Je crois qu’ici on a moins l’occasion de donner des concerts mais ceux-ci sont de meilleure qualité. En tant que musicienne américaine à Paris, je pense que j’ai eu certains avantages. Je ne sais pas si cela vient du respect par rapport à la musique américaine ou si cela provient de ma capacité à bien communiquer en français, à m’intéresser, à me familiariser à la ville et à faire des rencontres... Mais d’un autre côté, les choses se font plus lentement, cela peut être difficile de faire avancer les projets. Parfois je me pose la question du retour pour voir si cela ne serait pas plus rapide là bas. Mais je suis finalement très adaptée à cette façon de vivre. Les gens prennent le temps, on apprend à apprécier plus chaque jour ces petites choses de la vie quotidienne.
Pour plus d’informations sur Erica Buettner : www.myspace.com/ericabuettner
--
©2009 Thibaut Estellon / The French Creative Connection
©2009 Photos Jean-Marc Ruellan / mutebook.com
Merci à Flowers From The Man Who Shot Your Cousin pour son soutien sur cette interview
Rejoignez-nous sur Facebook et Twitter
Pour ne pas manquer d'interviews, pensez à vous abonner par e-mail dans le cadre en haut à droite de cette page








1 comments:
love the first picture. Erica, we need to see your beautiful smile more on pics!
Enregistrer un commentaire